Entre 2015 et 2021, au Bourg-d’Oisans (Isère), la population âgée de 15 à 29 ans a diminué de plus de 3 %, passant de 14,5 % à 11,2 % du total d’habitants, symptôme d’un exode des jeunes. Pourtant, certains d’entre eux ne quitteraient leur montagne natale pour rien au monde. Rencontre avec Jordan, Chloé et Louis, des enfants du pays.

Léo Pied d’Aignel et Martin Monnot, le 26/05/2025

Malgré la diminution du nombre de jeunes au Bourg-d’Oisans, Jordan, Louis et Chloé (de gauche à droite) n’envisagent pas de partir pour le moment. Crédit : Martin Monnot.

Jordan Gouillard, du haut de ses 30 printemps, a toujours vécu au Bourg-d’Oisans. Agriculteur de père en fils depuis des générations et ayant repris l’exploitation familiale il y a 13 ans, il confie : “L’idée de partir ne m’est jamais venue. Ici, j’ai ma famille et mon travail”. Pour lui comme pour Chloé Tairraz, saisonnière, et Louis Duroule, gérant d’un snack, vivre au Bourg-d’Oisans est un privilège plus qu’un fardeau.

À ÉCOUTER : Au nom de la terre, un témoignage de Jordan Gouillard

L’attachement au pays, l’exil des études

Tous les trois ont un point commun : ils ont grandi à la montagne et cette expérience a forgé leur amour inconditionnel de leur territoire. Le cadre de vie, la cohésion entre les habitants locaux et une atmosphère propice à la quiétude ont nourri cet attachement, que l’on attribue rarement aux nouvelles générations. 

Louis Duroule, gérant d’un snack à Auris-en-Oisans témoigne : “Ici, même si c’est rural, nous rencontrons des gens exceptionnels et passionnés, dans un cadre idyllique”. Une affection particulière pour lui qui est revenu au Bourg-d’Oisans sur un coup du sort après deux années d’études de théâtre à Bordeaux. “J’ai dû arrêter mes études à cause du Covid. En recherche d’emploi, j’ai été contraint de rentrer”, admet-il avant d’ajouter : “Je suis revenu ici avec l’envie de repartir rapidement mais j’ai pris conscience de la chance que j’avais de vivre ici”. Louis fait partie de ces rares jeunes de campagne qui ont fait le choix de revenir dans leur territoire rural après être partis. 

À ÉCOUTER : Partir pour réussir ? Un témoignage de Louis Duroule

Pour le spécialiste de la jeunesse en campagne, le cursus universitaire présent exclusivement en ville pousse les ruraux à partir de chez eux, sans pour autant y revenir travailler. Par la suite, les opportunités professionnelles, concentrées en ville comme c’est le cas à Grenoble, les incitent à s’y établir durablement, les éloignant ainsi de leur milieu montagnard natal. 

« La plupart de nos amis d’enfance, on ne les revoit plus jamais”

Pour autant, construire sa vie au Bourg-d’Oisans offre bien plus d’avantages que d’inconvénients pour ces trois enfants du pays. Par exemple, pour notre agriculteur, l’évidence s’est imposée : “Je n’ai jamais ressenti de solitude. Même si je suis seul à la ferme, je reste entouré”.

Ainsi, dans ces paysages parfois perçus comme reculés, ce qui peut ressembler à de l’isolement devient une forme de stabilité, un ancrage. Rester représente pour eux une autre manière d’exister.

À ÉCOUTER : Le paradis perdu, un témoignage de Chloé Tairraz



Laisser un commentaire