Depuis deux ans, la caserne du Bourg-d’Oisans met en place une formation pour les Jeunes sapeurs-pompiers (JSP). 12 adolescents complètent les effectifs. Le but, pallier le manque de volontaires.
Alex Béraud, Lou Ann Godat, 26/05/2025

Environ 252 000 pompiers sauvent des vies chaque jour en France. Pourtant, ils souffrent d’un manque d’effectif. Selon les chiffres de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, sur les 252 000 pompiers actuels, on compte plus de 197 000 sapeurs-pompiers volontaires et près de 43 000 professionnels. Les pompiers volontaires sont indispensables pour le bon fonctionnement des casernes. « 70 à 80 % de l’activité opérationnelle de la France est réalisée par les sapeurs-pompiers volontaires », affirme Bertrand Douville, lieutenant-colonel et délégué régional d’Ile-de-France de la commission des jeunes sapeurs-pompiers (JSP).
Face à cette problématique, depuis plusieurs années, les services départementaux d’incendie et de secours ont mis en place des sections JSP. « Cela représente une part non négligeable des recrutements et du renouvellement de nos effectifs », mentionne Bertrand Douville. Pendant 4 ans, ces jeunes de 12 à 16 ans sont formés aux différentes interventions : incendie, secourisme, aide à la personne. Les jeunes sapeurs-pompiers sont de futures recrues indispensables : « Quand une caserne ferme, ça se traduit quasiment tout le temps par un allongement des délais d’intervention. C’est pour cela qu’on met l’accent sur les jeunes », assure le lieutenant-colonel.

Une nécessité pour combler le manque d’effectif
Au Bourg-d’Oisans, 35 pompiers volontaires accompagnent les 7 professionnels. La section JSP existe depuis 2023. Trouver de futurs pompiers volontaires est crucial pour cette petite caserne située au pied des montagnes et faisant le lien entre celles d’Huez, des Deux-Alpes et de Livet-et-Gavet. « On est loin de Grenoble et des hôpitaux, donc la prise en charge est totalement différente. On doit se débrouiller par nous-même et les interventions durent plus longtemps », déclare Didier Veyrat, officier d’encadrement et président de la section JSP à la caserne du Bourg-d’Oisans. Ici, les incendies sont peu courants, et la majorité des interventions relèvent du secours à la personne et des accidents, « en particulier l’été, car nous avons beaucoup de cyclistes», précise l’officier. En plus de l’isolement géographique, le manque de pompiers se fait ressentir : « Quand on intervient dans les communes voisines, les collègues d’autres casernes viennent en renfort. On est parfois à court de bras et de moyens. »
« On est loin de Grenoble et des hôpitaux, donc la prise en charge est totalement différente ».
Didier Veyrat, officier
De plus en plus de filles
Les profils de ces jeunes sont divers. Si les enfants de pompiers connaissent déjà le métier, pour d’autres, il s’agit d’une découverte. « J’ai toujours voulu voir ce que c’était d’être pompier. Ma mère en a parlé à mon frère, mais c’est finalement moi qui me suis inscrite », raconte Jade, 13 ans, jeune sapeur-pompier depuis deux ans. « Ils sont venus pour six mois et cela fait deux ans qu’ils sont là », se réjouit Didier Veyrat. Ce dernier espère recruter huit nouveaux jeunes sapeurs-pompiers cette année. Parmi eux, Judith, 13 ans, a participé à la récente campagne de recrutement qui a eu lieu le 24 mai. Cette envie lui vient d’un film d’animation, Vaillante. « C’est l’histoire d’une jeune fille en 1920 qui souhaite devenir pompier mais ne peut pas car c’est un métier réservé aux hommes », rapporte Judith.
La féminisation du métier est justement un enjeu important, selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. « On constate que le taux de féminisation est bien plus important au sein des effectifs de JSP qu’au sein des effectifs de sapeurs-pompiers volontaires ou professionnels », observe Bertrand Douville. Le taux de féminisation national est de 16 %, alors que chez les JSP, il s’approche des 40 %. Les sapeurs-pompiers volontaires ont le choix de s’engager ou non dans la totalité des missions : « Avant, le pompier faisait tout, aujourd’hui on peut lui permettre de ne faire que de l’ambulance et pas d’incendie ». Un engagement différencié qui plaît aux jeunes filles. « Elles se sentent parfois plus compétentes pour certaines missions, comme le secourisme », indique le lieutenant-colonel.
Les sections JSP, et donc les pompiers volontaires, restent pour les professionnels la meilleure option pour pallier le manque d’effectif. « Ce serait bien malheureux si demain ce système s’essoufflait pour se traduire uniquement par la professionnalisation du métier », confie Bertrand Douville.
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