Au Bourg-d’Oisans, les sentiers sont foulés quotidiennement par des coureurs. Le trail attire de plus en plus de jeunes athlètes chaque année depuis 2022 selon l’observatoire du running. La discipline est devenue un moyen de s’isoler, à l’écart des villes, pour rompre avec « un rythme de vie effréné » selon le sociologue Simon Lancelevé.

Paul Serrano et Clément Keravis, le 26 mai 2025

Alvin Lair connaît par cœur les sentiers qui encerclent Le Bourg-d’Oisans. À 27 ans, il est moniteur de ski de fond l’hiver, fait du débroussaillage et de l’élagage au printemps, est accompagnateur en moyenne montagne et arpente les chemins en courant le reste du temps. « À la fin du collège, quand on nous demandait ce qu’on voulait faire plus tard, je ne trouvais rien qui me correspondait et j’ai commencé à regarder ce qui pouvait exister et me plaire ailleurs », confie-t-il.

Loin de la ville, il recherche comme de plus en plus d’autres coureurs en montagne, une forme de liberté. « La liberté, je la trouve dans la diversité des chemins qu’il y a dans le coin. Ici, on n’a pas vraiment de limite, on trouve toujours une voie pour continuer ».

Alvin Lair s’entraîne sur les sentiers qui surplombent Le Bourg-d’Oisans pour préparer sa prochaine course. @Paul Serrano

Habitant la commune depuis 12 ans, Alvin a quitté la Mayenne pour s’installer aux pieds du Massif des Ecrins. « Je suis passionné par la montagne depuis tout petit, même si je ne suis pas originaire d’ici. S’il y a quelque chose qui m’a toujours fait rêver, ce sont les grands espaces », ajoute-t-il.  « On a toujours envie d’aller plus loin. Quand on se retrouve en haut d’un sommet et qu’on en voit un autre, on veut voir ce qui se cache derrière. » 

Rechercher la liberté dans des milieux isolés

Pour Laure Desmurs, enseignante du Diplôme Universitaire de Trail Running à Grenoble, le caractère plus brut et hors du temps de la discipline attire particulièrement.  « L’aspect moins légiféré ou en tout cas moins encadré du trail, est peut-être ce qui plait de plus en plus aux gens. On a moins de rapport au chronomètre, moins de rapport au temps. D’ailleurs, on a de moins en moins de licenciés dans les clubs. Le baromètre du sport affiche que cette pratique plus libre et autonome de la course à pied devient de plus en plus courante ces dernières années », dévoile-t-elle.

« La découverte de nouveaux territoires avant la performance »

Contrairement à la course sur route où le chronomètre est omniprésent, être « finisher » d’un trail est pour un grand nombre de coureurs, un objectif en soi. « Il y a quelques années on a interrogé 2000 coureurs dont certains dans l’Oisans. Dans les quatre motifs les plus cités concernant les raisons de pratiquer le trail, le premier était la découverte de nouveaux territoires avant la performance et avant la convivialité et le partage. » décrit Simon Lancelevé. 

Un point de vue sur Le Bourg d’Oisans depuis un sentier entretenu par Alvin Lair. @Paul Serrano

Pour Laure Desmurs, c’est la raison pour laquelle le trail se massifie plus que la course sur l’asphalte ces dernières années : « Un certain nombre de personnes affirment sur les réseaux sociaux qu’un marathon ne les tente pas car ils considèrent cela comme étant très monotone, très cyclique, etc. D’ailleurs, dans une étude récente, à la question “Quelle différence faites-vous entre un marathon et un maratrail ?”, les réponses dévoilaient une volonté de changement de rythme et de paysages ».

« Ici, on n’a pas vraiment de limite, on trouve toujours une voie pour continuer »

Une massification du monde du trail

Depuis 2010, le monde du trail voit son nombre de participants augmenter considérablement. Selon Simon Lancelevé ce phénomène est lié au fait que « le sport fait de nous des « héros sportifs » dans un contexte où la performance au travail et dans sa vie personnelle est valorisée. Avec le trail et l’ultratrail, le simple fait de finir fait des participants des héros »

Mais la sortie de l’épidémie de Covid-19, a marqué un tournant dans la massification du monde du trail. Pour Laure Desmurs, « dans une société de plus en plus, centrée sur l’autonomie et de plus en plus citadine, les gens cherchent une forme de retour à la nature, ils cherchent à se déconnecter, à s’évader à travers soi et à travers un environnement plus « isolé », plus naturel. Pendant le confinement, les gens se sont retrouvés « enfermés » chez eux, dans des petits espaces, ce qui a sans doute exacerbé l’appel des grands espaces »

En effet, depuis 2024, ce sont plus d’événements de trail que de courses sur route qui ont été organisés selon l’observatoire du running. Un engouement pour le trail qui symboliserait la volonté d’une partie de la population y compris des jeunes d’explorer des milieux dits « isolés » pour rompre avec un rythme de vie routinier.

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