Au Bourg-d’Oisans, territoire de montagne situé à une heure de route de Grenoble, l’accès à la formation professionnelle ne suit pas toujours les schémas classiques. Ici, pas de lycée professionnel ou de campus étudiant. Et pourtant, grâce à leur capacité d’adaptation, les jeunes du territoire trouvent des solutions pour se former à leur futur métier.

Elisa Heidet et Baptiste Martin, le 26 mai 2025

Près de 50 km séparent Le Bourg-d’Oisans de Grenoble, où se situent la majorité des écoles supérieures.

Les opportunités de formation ne sont pas nombreuses au Bourg-d’Oisans, commune enclavée des Alpes de moins de 3 000 habitants. Pourtant, quelques jeunes font le choix d’y construire leur avenir professionnel, en composant avec les réalités d’un territoire rural.

Ici, les contraintes géographiques obligent à faire preuve d’inventivité. Le manque de transports en commun, l’éloignement des centres de formation et la nécessité de s’insérer rapidement dans le tissu économique local compliquent l’accès aux études supérieures. Le campus le plus proche se trouve à Grenoble, à plus de 50 kilomètres de distance, soit près d’une heure de route.

Si aucun dispositif particulier d’aide à la formation n’est mis en place par les collectivités locales, des solutions émergent tout de même. Elles permettent de répondre à un double enjeu : offrir une formation adaptée aux aspirations des jeunes tout en participant à la vitalité économique du territoire.

« J’aime le travail, les cours théoriques m’intéressent moins »

Dans l’Oisans, de nombreux jeunes doivent composer avec la distance et l’isolement. Certains choisissent la voie professionnalisante de l’alternance ou de l’apprentissage, combinant cours et travail en entreprise locale. Une solution flexible qui séduit ceux qui souhaitent rester ancrés dans leur vallée natale tout en se qualifiant professionnellement. 

« J’aime le travail, les cours théoriques m’intéressent moins », avance-t-il. Il alterne entre deux semaines en cours, et deux semaines dans le magasin. Il ajoute : « Je mets 40 minutes pour aller en cours les semaines où je dois être à Vizille. Je supporte plutôt bien les trajets, il y a un bus toutes les 50 minutes. »

Il espère être pris l’année prochaine dans l’école Éklore-ed, à Meylan, en périphérie de Grenoble. Il pense en revanche privilégier l’internat, pour ne pas avoir à faire les déplacements tous les jours. 

Quand l’éloignement devient trop lourd à porter, il faut en effet trouver d’autres solutions. Méline, 20 ans, alternante en BTS Négociation et digitalisation de la relation client (NRC) dans l’agence Immobilière Olivier, a choisi de suivre une formation à distance. Chaque semaine, elle suit des cours en ligne dispensés par son école basée à Toulon. Ses examens, elle les passe en visioconférence.  

« Je n’ai pas le permis, donc il faudrait que je prenne les transports en commun pour aller à Toulon. Je suis quelqu’un qui bouge beaucoup, donc fonctionner à distance me permet de suivre mes cours tout en restant très active, d’avoir plus de liberté », se réjouit-elle.

Se former sur le tas pour éviter l’école

Clément, 27 ans, a choisi une voie encore plus directe. Il apprend le métier de commis dans un restaurant d’altitude, sans passer par un Centre de formation d’apprentis (CFA).

« Le côté formation en école, je n’y retournerai jamais, j’ai assez vu les salles de classe, s’amuse-t-il. Là, c’est direct, j’apprends le métier en faisant. En plus, pour le côté financier, ce n’est plus possible pour moi d’avoir un statut d’apprenti. J’ai mon niveau de vie et je veux le garder. »

Une formation sur le tas, transmise de manière informelle, qui montre les limites mais aussi la souplesse du système local.

« J’ai assez vu les salles de classe. Là, c’est direct, j’apprends le métier en faisant. »

Ce type de parcours, s’il ne donne pas accès à une certification officielle, permet à certains jeunes de s’insérer rapidement dans le monde du travail. Et dans un contexte de tension sur l’emploi saisonnier en montagne, cette insertion rapide peut répondre à une demande concrète des employeurs.

De fortes inégalités de formation entre zone urbaine et rurale

Mais Le Bourg-d’Oisans n’est pas un cas à part. La commune est classée comme « zone rurale autonome » par l’Insee, ce qui signifie qu’elle n’est pas située dans l’aire d’attractivité d’une grande ville. Comme de nombreuses autres en France, elle subit le départ des jeunes dès leurs 18 ans. Ceux-ci déménagent vers les grandes villes pour accéder à une plus grande offre de formations. 

Les filières du bâtiment, de la restauration ou du commerce de proximité restent les plus accessibles dans ces zones. Le recours à la formation “hors les murs”, via des plateformes numériques, est une tentative de pallier ces écarts.

Un fort attachement au territoire 

Les jeunes vivant en zones rurales sont proportionnellement plus nombreux à suivre des formations en apprentissage que leurs homologues urbains. Entre 10 et 17 ans, ils sont également plus souvent scolarisés hors de leur commune de résidence, parcourant en moyenne entre 9 et 23 kilomètres pour rejoindre leur établissement scolaire. 

Derrière ces parcours singuliers, un même fil conducteur : l’attachement au territoire. Beaucoup de jeunes de l’Oisans refusent de « monter en ville » pour se former, préférant s’adapter aux contraintes locales plutôt que de quitter leur vallée. Ce lien au territoire pourrait bien être une force, pour peu que les dispositifs de formation continuent à s’adapter aux réalités de ces zones rurales.

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