75 % des 15-25 ans s’estiment plus engagés dans la protection de l’environnement que les générations précédentes, selon une étude de l’ADEME. En périphérie, les jeunes s’impliquent à leur manière. Narcisse Certain a lui choisi une voie professionnelle pour préserver la nature qui l’entoure.
Mia Morel et Zoé Ternoy, le 26 mai 2025

L’œil vissé à la longue-vue, Narcisse Certain scrute la paroi abrupte de la falaise de Bassey. À 24 ans, ce jeune garde-moniteur fait partie de la nouvelle génération, récemment embauchée au Parc national des Écrins, à cheval entre l’Isère et les Hautes-Alpes. Narcisse se décolle de la longue-vue et annonce : il vient de retrouver une aire de faucons pèlerins. « On appelle ça une aire, et non un nid, car certains couples pondent parfois directement sur la roche, sans rien construire », précise-t-il calmement.
Le suivi scientifique de la faune et de la flore est une part essentielle de son travail. Cette espèce protégée dans la région fait l’objet d’une attention particulière. « Pour les oiseaux, on vérifie s’ils nichent au même endroit que l’an dernier, s’ils ont des petits… » , explique-t-il.
Cette surveillance permet d’adapter les mesures de protection. « Si on constate que le couple revient au même endroit, on peut interdire certaines voies d’escalade à proximité, pour ne pas perturber la reproduction », expose-t-il. Mais le métier de garde-moniteur ne s’arrête pas là. Il comporte aussi des missions de sensibilisation et un volet de police de l’environnement. Les journées ne se ressemblent jamais. « Parfois, je me lève à 3h du matin et je termine à minuit. Tout dépend des priorités, de la météo, des suivis à faire », confie-t-il.
C’est ici, au cœur des Alpes, que le jeune de 24 ans a grandi. Né à Briançon, il découvre sa vocation dès le collège, lors d’un stage de 3e effectué au Parc national des Écrins, côté Hautes-Alpes. « Protéger les habitats et les espèces me tient à cœur », affirme Narcisse. Il poursuit alors avec un BTS en gestion et protection de la nature. Le jeune homme effectue un service civique au parc et travaille deux années en tant que garde saisonnier avant d’être titularisé. « J’ai eu la chance d’être tout de suite accepté au Parc des Écrins du côté de Bourg d’Oisans », dit-il.
L’envie de protéger un territoire familier
« J’ai grandi ici, ce sentiment d’appartenance me pousse à vouloir protéger cet endroit », explique le jeune garde. Cet attachement territorial lié à la protection de l’environnement est un constat partagé par Maxime Lietar, doctorant en sociologie à l’Université de Picardie Jules Verne. Dans ses travaux de thèse, il observe qu’en milieu rural, les jeunes sont souvent les témoins directs des phénomènes qui transforment ou impactent la nature. Si elle est donc menacée ou attaquée, les jeunes se mobilisent pour sa protection. « Ils ont tendance à protéger le point d’eau juste à côté d’eux », étaye-t-il.
Le chercheur nuance toutefois : cet engagement reste minoritaire. « Beaucoup de personnes avec qui j’ai grandi ne s’impliquent pas dans cette cause », reconnaît Narcisse. Pour lui, son éveil à la nature vient aussi d’un environnement familial sensibilisé. « J’ai un grand-père glaciologue, qui a travaillé dans le conseil scientifique du parc et mes parents avaient des amis avec des emplois liés à la protection de la nature. »
Un engagement indéfectible
Être garde-moniteur implique des moments de solitude, appréciable pour Narcisse. « C’est justement une des choses que je recherche dans ce métier », affirme-t-il. Contrairement à certains de ses connaissances qui exercent en ville, le jeune homme se sent pleinement immergé dans l’environnement qu’il protège. « Moi, je suis directement concerné. Eux, ils perçoivent souvent la nature à travers un écran ou la télévision », observe-t-il. Cette différence de proximité façonne, selon lui, des perceptions distinctes : « On n’a pas le même usage de la nature, donc pas forcément la même vision. » Une nuance qui, dit-il, se reflète aussi dans le degré d’engagement.
Pour Narcisse, son implication dépasse parfois le cadre du travail. Même en dehors de son service, il continue de surveiller certaines espèces. « Je suis un hibou grand-duc près de Bourg d’Oisans », raconte-t-il. « Je continue de vérifier qu’il est là, et je transmets mes données à des associations. ». Parfois, il peine à décrocher. « On me sollicite souvent, j’ai peur que si je refuse, ça ait des répercussions sur les espèces. »
Selon une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) publiée en 2023, 75 % 15 – 25 ans en France s’estiment plus engagés dans la protection de l’environnement que les générations précédentes. Mais cette implication prend ses racines plus tôt, d’où l’enjeu de la sensibilisation dès le milieu scolaire.
En Isère, le programme départemental “À la découverte des ENS” soutient les établissements afin de faire découvrir aux élèves ces espaces. Dans le site du marais de Vieille Morte, des aménagements spéciaux ont été conçus spécialement pour les visites des enfants. Emilien Maulavé, gestionnaire de l’espace naturel sensible (ENS) départementale du marais, estime que ces projets « permettent d’inviter les jeunes à l’action, en menant des activités dans le périmètre de leur école ou dans des espaces naturels à côté de chez eux ».
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