Loin des villes et des grands musées, l’art pourrait sembler distant, voire absent. Mais au Bourg-d’Oisans, les expositions et les spectacles font vivre la communauté culturelle de la vallée. Pour les plus jeunes, il est possible de développer leur sensibilité artistique différemment des enfants habitants de grands centres urbains.
Clémence Cavalleri et Enzo Trouillet, le 23 mai 2025

Au cœur des Alpes, entre les massifs de Belledonne et des Écrins, la médiathèque du Bourg-d’Oisans est en pleine effervescence. En cet après-midi ensoleillé du mois de mai, une quinzaine de petits Bourcats se rassemblent entre les étagères remplies de livres pour écouter une conteuse dérouler son histoire. Dans ce lieu de culture, les enfants entrent, pour la première fois pour certains, en contact avec de l’art.
L’art, accessible à tous ?
Assis sur des poufs ou des petits fauteuils, les enfants, âgés de 4 à 10 ans, écoutent attentivement l’histoire contée par Virginie Komaniecki. L’ancienne institutrice se déplace dans les écoles, bibliothèques et autres lieux de culture de l’Isère depuis vingt ans, avec pour objectif d’éveiller les tous petits à l’art en leur offrant « un espace sécurisé pour acquérir des savoirs, des émotions et des sensations. » Dans les petits villages des vallées de l’Isère, elle trouve un public différent des villes. « Nous touchons tout le monde dans les petites agglomérations. Dans des lieux plus urbains, on retrouve plus d’abonnés, de personnes effectuant déjà la démarche de s’intéresser à la culture », témoigne-t-elle.
À travers ses histoires, la conteuse se donne en spectacle pour développer la fibre artistique des enfants grâce au langage. « Je considère que l’oralité est indispensable au développement des enfants. C’est le premier art inventé par l’Homme. Il y a une relation nourricière autour du partage des récits », argumente Virginie Komaniecki.
« Il n’est pas obligatoire d’aller au Louvre ou dans des grands musées pour que les bénéfices de l’art se fassent ressentir. »
Grâce à des artistes tels que la conteuse, les petits habitants des vallées alpines peuvent développer leur sensibilité. « Il n’est pas obligatoire d’aller au Louvre ou dans des grands musées pour que les bénéfices de l’art se fassent ressentir », affirme Althéa Fratacci, chercheuse au CNRS spécialisée dans l’apport de l’art dans le développement des enfants. Parmi ces bienfaits, on retrouve notamment la stimulation de l’imagination. « Quand j’écoute un conte ou que je lis un livre, j’imagine l’histoire dans ma tête », sourit Mia, 8 ans.
Bien qu’éloigné des grands centres culturels, le Bourg-d’Oisans ne pâtit pourtant pas d’un manque d’accès à l’art. La médiathèque fait office de centre névralgique de l’activité artistique du village. En plus d’intervenants ponctuels, elle accueille une vingtaine d’événements annuels, dont des expositions, des spectacles et des conférences pour les 800 à 900 habitants inscrits. « L’accès à la culture n’est pas un problème pour nous, avance Lisa Verberckmoes, une Bourcate habituée de la médiathèque. Au Bourg-d’Oisans même ou dans la vallée, il y a régulièrement des événements culturels, il suffit de chercher un peu. On se jette sur tout ce qu’on peut trouver ».
Pour ce faire, la médiathèque est un espace privilégié, mais les artistes ne boudent pas les autres lieux de culture du village. « On bénéficie d’un accès régulier à la culture, avec des spectacles au foyer municipal, et même des avants-premières au cinéma du village », se réjouit Virginie Rouillère, une Bourcate mère de deux enfants.
Loin des musées gigantesques et des toiles étudiées à l’école, c’est par la lecture, la musique et les expériences en petit comité que les jeunes du Bourg-d’Oisans développent leur culture. « La porte d’entrée est différente entre la ville et la montagne, mais le résultat final est le même : une ouverture à l’art et ses bienfaits », analyse Althéa Fratacci.
Une aide au développement de l’enfant
À une cinquantaine de kilomètres du musée d’art le plus proche, la culture peut sembler lointaine aux jeunes habitants de la vallée. Pourtant, au travers de spectacles itinérants, l’art fait le déplacement à l’ombre des montagnes pour s’offrir aux enfants. Pour Althéa Fratacci, ce contact a son importance dans le développement des plus jeunes. « L’initiation aux pratiques artistiques dès l’enfance offre une meilleure perception visuelle et auditive à ceux qui en bénéficient », analyse-t-elle.
Au travers des couleurs, des sons, les enfants, et même les nourrissons, réagissent aux différentes formes d’art. Et ces stimulations développent également leur fibre artistique. « À la naissance, les bébés possèdent des capacités sensorielles très larges. Ils se spécialisent petit à petit, et les exposer à des produits artistiques permet de les sensibiliser aux contrastes, à intégrer plus facilement les subtilités qu’ils voient, entendent, ou touchent », illustre la doctorante.
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