Au Bourg-d’Oisans (Isère), au pied des stations de ski, la pression immobilière prive les jeunes de solutions de logement. Alors qu’agence immobilière et mairie reconnaissent l’ampleur du problème, des jeunes témoignent des difficultés dans leur parcours de recherche.
POISSON Noanne et NEFISSI Aya, le 26 mai 2025

Originaire du Bourg-d’Oisans, Loïc, un jeune restaurateur de 24 ans raconte sans filtre la difficulté de se loger dans sa ville d’origine. Il y a deux ans, il décide de quitter le cocon familial pour s’installer dans un studio proche de la maison qui l’a vu grandir. Un mois après le début de ses recherches, il s’installe dans un 25m2 contre un loyer mensuel de 450 euros. « J’étais trop content d’avoir mon endroit à moi, dans ma ville d’enfance », se souvient le jeune homme.
Mais après un an dans son appartement, il subit des désagréments sonores de la part d’un voisin. À contrecœur, il finit par quitter son logement et cherche un nouveau bien à louer. « Cela c’est nettement moins bien passé que la première fois », plaisante Loïc. Faute de logements sur le marché locatif, il retourne vivre chez ses parents. « J’appelais les agences toutes les semaines mais à chaque fois on me disait que rien ne correspondait à ma demande et qu’on me rappellerait », se remémore-t-il. Une agence immobilière finit par lui faire visiter un logement à acheter. « J’ai eu un coup de cœur pour cet appartement, alors j’ai décidé de l’acheter », sourit le jeune homme. « C’est une vraie galère de louer ici, je pense que c’est plus simple d’acheter. Ce n’est pas normal », ajoute-t-il.
« Bourg-d’Oisans est un gros pôle touristique »
Il est 14 heures à l’agence Immobilière Olivier, située dans le centre-ville de Bourg-d’Oisans (Isère). La dirigeante, Yasmine Olivier, est installée à son bureau, à son plus grand regret : « En ce moment je n’ai aucune visite par jour pour des biens en location. J’aimerais bien, mais je n’ai rien.» Car ici, le marché locatif est « très tendu ». « Bourg-d’Oisans est un gros pôle touristique : l’hiver on est proche des stations de ski des Deux Alpes et de l’Alpe d’Huez, l’été on y fait du vélo », explique l’agente immobilière. Elle est rapidement interrompue par la sonnerie du téléphone. Des appels pour des locations, Yasmine Olivier en reçoit deux à trois par jour. Mais à chaque fois elle n’a « absolument rien à leur proposer ».
La présence de résidences secondaires et d’Airbnb a explosé. Si Bourg-d’Oisans comptait 238 résidences secondaires en 1968, la ville en dénombrait 566 en 2021, selon le dernier rapport de l’Insee. Un véritable problème pour la Bourcate : « Les résidences secondaires et les Airbnb contribuent à saturer le marché car on n’a plus rien à proposer à ceux qui souhaitent des locations longue durée. » En effet, « l’hiver les logements sont loués plusieurs mois à des saisonniers, l’été ils sont mis en Airbnb à la semaine », détaille Yasmine Olivier.
Une difficulté à se loger qui empire lorsque l’on est jeune : « Ils n’ont pas forcément la stabilité recherchée par les propriétaires. » « Un dossier CDI avec des revenus égaux ou trois fois le prix du loyer est favorisé face au dossier d’un jeune qui a une promesse d’embauche », reconnaît l’agente immobilière. Il leur faut parfois six mois pour trouver un logement. Las, certains finissent par quitter le Bourg-d’Oisans
« Il y a une pénurie de logements pour ceux qui veulent acheter ou louer à l’année »
Sébastien Vaccarella, adjoint en charge du tourisme et de la vie économique
Une situation bien connue par la mairie. « Il y a une pénurie de logements pour ceux qui veulent acheter ou louer à l’année », confirme Sébastien Vaccarella, adjoint en charge du tourisme, de la vie économique et de la communication. Agent immobilier de profession, il constate quotidiennement la saturation du marché locatif. Il l’explique par « la poussée du tourisme [qui] a conduit à l’accélération d’achat de logements pour en faire de la location saisonnière. » Un développement qui impacte directement les jeunes : « Les appartements les plus petits partent rapidement car ils sont identifiés comme favorables à la location saisonnière », indique l’élu. Faute d’offres, les jeunes se tournent vers des biens supérieurs à leur budget. « Je viens de faire une visite et les jeunes ne peuvent pas se la payer », illustre l’agent immobilier.
La garantie Visale : une réponse de l’Etat pour simplifier la location de bien pour les jeunes
Pour rassurer les propriétaires et aider les jeunes dans la location de leur premier bien, l’Etat a mis en place la garantie Visale, en 2016. Un dispositif gratuit de cautionnement proposé par Action logement qui sert à garantir le paiement du loyer et des charges en cas d’impayés.
« Une véritable avancée » pour Maître Stauffert-Giroud, qui tient un cabinet d’avocats au Bourg-d’Oisans. « C’est une liberté : où que vous alliez en France, notamment au Bourg-d’Oisans, vous avez la possibilité – sans avoir à passer par un tiers – d’avoir un fonds de garantie. »
350 nouveaux Bourcats d’ici 2031
Bourg-d’Oisans attend 350 nouveaux habitants à l’horizon 2031, selon les prédictions de la commune. Pour désengorger le marché et se préparer à l’arrivée de ces nouveaux Bourcats, 232 nouveaux logements vont être construits à cette date, dont « la majorité ne pourront pas être mis en résidence secondaire ». En parallèle, la mairie a confirmé qu’elle avait imposé dans le Plan local d’urbanisme (PLU) des clauses anti spéculatives, empêchant la revente du logement en faisant une plus-value au cours des 10 premières années. Mais aussi l’obligation de faire de ces logements des résidences principales pour les propriétaires ou de les mettre en location à l’année afin d’éviter les sous-locations saisonnières type Airbnb.
« On a démarché 30 à 40 annonces, et on a reçu trois réponses maximum »
Julien, 27 ans, est un de ces nouveaux habitants. Originaire d’Avignon, il s’est installé il y a moins d’un mois dans la commune de Rioupéroux, à un quart d’heure du Bourg-d’Oisans. Snowboardeur à haut niveau, il souhaitait se rapprocher de la montagne : « Idéalement avec ma femme on voulait s’installer à l’Alpe d’Huez, mais ça nécessite une fortune.» Le Bourg-d’Oisans a été « le bon compromis », même s’il ne s’attendait pas à ce que sa recherche soit aussi ardue : « On a démarché 30 à 40 annonces, et on a reçu trois réponses maximum.» Après deux mois de recherche, son dossier a finalement été accepté pour un logement de 100m2 avec une terrasse de 60m2, idéal pour sa « trentaine d’animaux ». À terme, lui, sa femme et sa petite fille espèrent « trouver une maison à acheter au Bourg-d’Oisans.»
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