Au Bourg-d’Oisans (Isère), Manon Labeye est accompagnatrice en montagne depuis deux ans et demi. Son rôle, sensibiliser les touristes à la flore et à la faune dans les vallées de l’Oisans, le territoire de son enfance.
Maeva Montret et Lou Protois, 26 mai 2025

« Voilà une feuille d’ail des ours, ça sent très bon, on peut en faire du pesto. » Sur un chemin de randonnée entre montagne et forêt près de La Garde (Isère), mercredi 21 mai 2025, Manon Labeye arpente les sentiers. À 25 ans, elle est accompagnatrice en montagne et emmène les touristes à la découverte des vallées de l’Oisans, le territoire de son enfance. « Ici, il n’y a pas une montagne que je n’ai pas arpentée de long en large », raconte la passionnée, le sourire aux lèvres.
« Ici, il n’y a pas une montagne que je n’ai pas arpentée de long en large. »
La montagne comme terrain de jeu
Cheveux blonds attachés par une pince et gilet vert fluo à l’effigie de la maison des guides de l’Oisans et de l’Alpe d’Huez, Manon Labeye connaît la vallée sur le bout des doigts. « Sur les flancs de la montagne vivent des chamois, des bouquetins, des hermines, des aigles royaux, des gypaètes barbus, des marmottes, des loups… », liste la jeune accompagnatrice en montagne. « On trouve aussi du génépi, du lis martagon et de l’edelweiss, la plante mythique des Alpes. »
Aujourd’hui, elle arpente la montagne, accompagnée de Najet, son malinois de six ans, jusqu’à un point de vue situé près d’Armentier-le-Bas. Le soleil est déjà haut dans le ciel et les nuages traversent les montagnes, en cachant le sommet. En contrebas, Le Bourg-d’Oisans, son hameau et le lac Saint-Laurent serpentent entre les arbres de la vallée. Un panorama dont la jeune Bourcate ne se lasse jamais : « Dès qu’on prend de l’altitude dans le coin, on a une vue superbe ». Elle sort de son sac de randonnée une flasque en cuir et de petits gobelets en plastique avant de partager un peu de son génépi fait maison : « C’est la tradition ! »
Être Accompagnateur en montagne : entre transmission et sensibilisation
Ils sont environ 3 500 professionnels en France à avoir embrassé la carrière d’accompagnateur en montagne. Un métier difficile d’accès nécessitant de solides connaissances pratiques et techniques sur la montagne pour obtenir le diplôme. Manon Labeye est l’une d’entre eux et exerce dans les vallées de l’Oisans.
Rester, un choix
Native du Bourg-d’Oisans, Manon Labeye a passé toute sa vie dans les montagnes des vallées de l’Oisans. « Mes parents m’emmenaient en randonnée alors que je ne savais pas encore marcher » , témoigne la jeune femme. « Jeune, je passais mon temps à courir après les bouquetins et les chamois », poursuit-elle en continuant sa descente.
« Jeune, je passais mon temps à courir après les bouquetins et les chamois. »
La jeune femme s’est toujours projetée en tant qu’accompagnatrice en montagne. Elle obtient son diplôme il y a deux ans à Chambéry.« Je ne supporte pas de vivre en ville et d’être loin de mes montagnes. » Il lui permet d’exercer à l’international ; pourtant, elle a choisi de travailler dans la vallée de son enfance. « J’espère m’assurer définitivement ma place au bureau des guides », se projette la Bourcate.
Ce métier lui permet de transmettre son amour pour le territoire en sensibilisant les touristes à la faune et à la flore locale. Debout devant la Sarenne, un torrent qui prend source dans le glacier éponyme, Manon Labaye témoigne de l’impact du réchauffement climatique sur les vallées de l’Oisans : « On est en première ligne, les glaciers fondent vite et il y a moins de neiges éternelles sur les cols. »
« On se connaît tous ici ! »
Vivre au Bourg-d’Oisans, Manon Labeye l’a choisie et ne le regrette pas. En traversant l’Armentier-en-Bas, l’accompagnatrice en montagne croise le chemin de quelques habitants qui la saluent et échangent avec elle. L’un jardine, un autre fend du bois devant son chalet, en vue de l’hiver prochain. « On se connaît tous ici ! Quand on se déplace, on est sûr de croiser quelqu’un que l’on connaît, tandis qu’en ville on ne connaît personne » , s’exclame la jeune femme en riant. Elle ne projette pas de vivre en zone urbaine synonyme pour elle d’isolement. Elle préfère la convivialité qu’offre le Bourg-d’Oisans ou ses parents et amis habitent.
« En ville, les possibilités de relations sont démultipliées. A la campagne, il y en a moins mais la force de la relation est beaucoup plus importante », explique Laurent Rieutort, directeur de l’institut d’Auvergne du Développement des territoires. « Les réseaux de proximité sont très importants, c’est une base de la sociabilité qui peut expliquer l’ancrage des jeunes sur leur territoire, complète le chercheur. Lorsque toute votre famille et vos amis vivent dans un endroit, vous êtes plus enclin à y rester. »
« En ville, les possibilités de relations sont démultipliées. A la campagne, il y en a moins mais la force de la relation est beaucoup plus importante »
Pourtant, contrairement à Manon Labeye, tous les jeunes ruraux ne sont pas « ancrés » dans le lieu de leur enfance. Le scientifique avance différents types d’attachements. Selon lui, certains sont véritablement « enracinés » (tellement attachés à leur région qu’ils n’envisagent pas de la quitter). D’autres sont « amarrés » (semi-détachés de leur village de naissance).
Enfin, Laurent Rieutort conclut que l’attachement des jeunes à leur territoire varie en fonction de la zone géographique : « A la montagne, il y a un sentiment d’appartenance des jeunes très forts à leur territoire. »









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